La Ligne Dure, c’est cette manière volontaire de s’extraire du néant, de prendre possession de la vie, d’en afficher le terme et la disparition programmée, sans crainte.
La Ligne Dure, c’est faire le tour de la planète et du siècle, s’inscrire dans le temps et dans un espace vierge à nouveau, pour y construire la communauté humaine.
La Ligne Dure, c’est faire descendre une statue de son socle, lui donner vie et la possibilité de perpétuer cette vie, et refaire l’histoire.
La Ligne Dure, c’est se jouer des obstacles, traverser les murs par la pensée, les détruire, puis les reconstruire.
La Ligne Dure, c’est rabattre la poésie sur le réel, boire le poison, digérer les métaphores.
La Ligne Dure, c’est observer avec fascination ce que nous croyons connaître et dont nous ne saurons jamais rien.
La Ligne Dure, c’est mettre l’interdit entre toutes les mains, offrir avec candeur le fruit défendu.
La Ligne Dure, c’est la peur du noir, les invasions barbares bricolées avec les moyens du bord.
La Ligne Dure, c’est en finir avec la propriété privée, le chez-soi, soi, l’Un et se démultiplier, devenir nombreux, être mille.
La Ligne Dure, c’est monter tout en haut de la montagne, mettre l’éternité dans les mains d’un enfant et attendre que ça passe.
La Ligne Dure, c’est regarder les êtres disparaître autour de soi, ceux qui laissent un nom, une œuvre, ceux qui perdent la tête et les autres.
La Ligne Dure, c’est perdre la vue en scrutant l’histoire et les origines.
La Ligne Dure, c’est être à jamais seul sous le regard de l’autre.
La Ligne Dure, c’est la post-littérature, ce qui se cache derrière la culture.
La Ligne Dure, c’est l’autre nom du réel.
La Ligne Dure, etc.